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Pourquoi les chutes surviennent malgré un déambulateur ?

17 juin 2026 par
Pourquoi les chutes surviennent malgré un déambulateur ?
Elisa Victor
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Chutes malgré un déambulateur : pourquoi ? | HopMoov Académie
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Pourquoi les chutes surviennent malgré un déambulateur ?

Rubrique HopMoov Académie — Article rédigé avec le concours d'un ergothérapeute spécialisé en maintien à domicile, d'un kinésithérapeute en gériatrie et d'un médecin de Médecine Physique et de Réadaptation (MPR). Dernière mise à jour : juin 2026.

Introduction

Le déambulateur est l'une des aides techniques les plus prescrites pour sécuriser la marche des personnes âgées. Son principe paraît simple : élargir la base d'appui, offrir un point de soutien et rassurer l'utilisateur. Pourtant, une réalité clinique déconcertante interroge les professionnels depuis des années : on continue de chuter avec un déambulateur, et l'usage d'une aide à la marche figure même parmi les facteurs statistiquement associés au risque de chute.

Ce paradoxe n'est pas anodin. En France, la chute reste la première cause de décès accidentel après 65 ans, avec un bilan qui s'est aggravé sur la période récente. Comprendre pourquoi le déambulateur ne suffit pas à empêcher les chutes — et parfois y contribue — est essentiel pour les ergothérapeutes, les kinésithérapeutes, les médecins prescripteurs, mais aussi pour les aidants qui accompagnent au quotidien.

Cet article propose une lecture clinique et scientifique du phénomène : ce que dit la littérature, les mécanismes biomécaniques en jeu, les erreurs d'usage les plus fréquentes, et les leviers concrets pour réduire le risque. Il s'appuie exclusivement sur des sources vérifiables (Santé publique France, HAS, OMS, revues systématiques et études biomécaniques publiées).

Avertissement. Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne remplace pas une évaluation individualisée par un professionnel de santé. Le choix, le réglage et la rééducation à l'usage d'un déambulateur doivent toujours faire l'objet d'un avis clinique personnalisé.

Résumé des points clés

  • Le déambulateur réduit le risque de chute dans de nombreuses situations, mais il ne le supprime pas, et son usage est paradoxalement associé à un risque de chute plus élevé — sans que cette association soit nécessairement causale.
  • Une part importante des chutes survient non pas malgré le dispositif, mais à cause d'un usage incorrect : soulever le cadre, marcher pendant qu'il n'est pas posé, pivoter sans repositionner l'appareil.
  • Les transferts, les demi-tours et le franchissement de seuils concentrent une large part des chutes liées à l'aide à la marche.
  • Un déambulateur mal réglé (hauteur, largeur), inadapté à la pathologie ou utilisé sans rééducation dégrade la stabilité au lieu de l'améliorer.
  • La double tâche (marcher en parlant, en portant un objet) augmente fortement l'instabilité chez l'utilisateur d'aide à la marche.
  • La prévention efficace combine aide technique adaptée + rééducation de l'équilibre + activité physique + aménagement du domicile + révision des médicaments, conformément aux recommandations HAS et OMS.

Le paradoxe du déambulateur : ce que disent les chiffres

L'ampleur du problème des chutes en France

Les chutes constituent un enjeu de santé publique majeur, et les données récentes montrent une dégradation préoccupante.

Selon le bilan publié par Santé publique France le 12 mars 2026, 20 148 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en 2024, soit un taux de mortalité standardisé de 138 pour 100 000 habitants de cette tranche d'âge. Sur la même année, près de 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été enregistrées chez les plus de 65 ans. Entre 2019 et 2024, le taux de mortalité par chute a augmenté d'environ 18 %, une hausse jugée « plus importante que ce qui était attendu » par l'agence — d'autant que la mortalité toutes causes confondues était, elle, plus faible en 2024 qu'en 2019.

Contexte et limites : ces données reposent sur les certificats de décès et les bases hospitalières (PMSI). Elles peuvent sous-estimer les chutes sans hospitalisation et dépendent de la qualité du codage. L'agence formule des hypothèses (fragilité post-Covid, sédentarité accrue) sans pouvoir établir une cause unique.

À l'échelle internationale, on estime qu'environ un tiers des personnes de plus de 65 ans vivant à domicile chutent chaque année, cette proportion atteignant environ 50 % au-delà de 80 ans (revue systématique de Lindemann et al. sur la marche avec rollator, 2016 ; données concordantes de l'OMS). L'Organisation mondiale de la santé rappelle dans son rapport Step safely (2021) que les chutes sont la deuxième cause de décès par traumatisme non intentionnel dans le monde.

L'usage d'une aide à la marche : facteur de protection ou facteur de risque ?

C'est ici que réside le paradoxe central. Plusieurs études épidémiologiques ont constaté que le fait de déclarer utiliser une aide à la marche est associé à un risque de chute accru. Thies et al. (BMC Geriatrics, 2020) résument ce paradoxe : les aides à la marche sont délivrées pour prévenir les chutes, mais leur usage a paradoxalement été identifié comme un facteur de risque de chute.

Comment l'expliquer ? Deux interprétations coexistent et ne s'excluent pas :

  1. Le biais d'indication (causalité inverse). On prescrit un déambulateur précisément aux personnes les plus fragiles, dont l'équilibre est déjà altéré. L'aide à la marche est donc un marqueur de fragilité, pas nécessairement la cause de la chute. Statistiquement, les utilisateurs chutent davantage parce qu'ils étaient déjà plus à risque.

  2. La contribution propre du dispositif. Un déambulateur mal choisi, mal réglé ou mal utilisé peut effectivement créer des situations d'instabilité qui n'existeraient pas autrement : encombrement, déport du centre de gravité, manœuvres risquées, faux sentiment de sécurité.

La vérité clinique se situe dans la combinaison des deux. Le tableau ci-dessous synthétise cette dualité.

Le déambulateur comme facteur de protection Le déambulateur comme facteur de risque
Élargit la base de sustentation Encombre dans les espaces étroits
Offre un appui en cas de déséquilibre Peut se bloquer sur un seuil, un tapis, un câble
Réduit la charge sur les membres inférieurs douloureux Déporte le centre de gravité vers l'avant si mal réglé
Sécurise psychologiquement, encourage la mobilité Induit un faux sentiment de sécurité, baisse de vigilance
Permet le repos (modèles avec assise) Manœuvres de demi-tour et de transfert à risque
Améliore la cadence et la longueur de pas réglés Dégrade le schéma de marche si utilisé sans rééducation

À retenir : le déambulateur n'est ni bon ni mauvais en soi. Son effet dépend entièrement de l'adéquation au profil de l'utilisateur, du réglage, et de la qualité de l'apprentissage.


Les mécanismes biomécaniques : pourquoi la stabilité peut diminuer

Pour comprendre les chutes malgré le déambulateur, il faut entrer dans la biomécanique de la marche assistée. Trois notions sont centrales.

Base de sustentation, centre de masse et marge de stabilité

La stabilité posturale dépend de la position du centre de masse corporel par rapport à la base de sustentation (la surface délimitée par les points d'appui au sol). Tant que la projection verticale du centre de masse reste dans cette base, l'équilibre est maintenu.

Un déambulateur, en théorie, agrandit cette base : les points d'appui ne sont plus seulement les pieds, mais aussi les pieds ou roues de l'appareil. C'est le fondement de son efficacité. La marge de stabilité (notée SM, stability margin) mesure la distance entre le centre de masse et le bord de la base de sustentation : plus elle est grande, plus l'utilisateur est stable.

Le problème : cette base élargie n'existe que si l'appareil est correctement en contact avec le sol et correctement positionné par rapport au corps. Dès que ce n'est plus le cas — appareil soulevé, trop avancé, pivoté — la base se réduit brutalement, et la marge de stabilité s'effondre.

Quand l'utilisateur dégrade lui-même sa stabilité

L'étude de référence de Thies et al. (2020), menée au domicile de 17 personnes âgées équipées de « Smart Walkers » instrumentés et de semelles à capteurs de pression, a quantifié ce phénomène avec une précision inédite.

Résultats marquants :

  • L'usage incorrect a été observé pour 16 % des phases de simple appui et 29 % des phases de double appui.
  • Lorsque les utilisateurs ne respectaient pas la consigne (par exemple, marcher alors que le cadre n'était pas pleinement posé), leur marge de stabilité minimale chutait de 37 % dans l'appartement-test (ADL flat) et jusqu'à 49 % en laboratoire de marche.
  • Ces écarts étaient constants dans les deux environnements, confirmant que le risque venait bien du geste, pas seulement du contexte.

Autrement dit : dans près d'un tiers des phases d'appui, les utilisateurs adoptaient un comportement réduisant significativement leur propre stabilité. Ce n'est pas l'appareil qui faillit, c'est l'interaction homme-machine.

Les manœuvres les plus dangereuses : demi-tours, seuils, transferts

Une analyse vidéo de chutes réelles en établissement (Brodie et collègues ; travaux relayés par les revues sur les rollators) a examiné des dizaines de chutes impliquant des déambulateurs à roues. Les conclusions convergent :

  • Les utilisateurs de déambulateurs à deux roues et de rollators chutent le plus souvent latéralement lors d'un demi-tour, et vers l'arrière lors d'un transfert de poids.
  • Les facteurs contributifs identifiés sont la mauvaise manœuvrabilité, la stabilité latérale insuffisante et le contrôle imparfait de la vitesse des roues.

L'étude de Salford (Thies et al.) précise pourquoi le franchissement de seuils est si risqué : sur un cadre à roues avant fixes (non pivotantes), les utilisateurs soulèvent l'appareil pour franchir un seuil de porte, le bord d'un tapis ou pour tourner — exactement le geste déconseillé, car il supprime momentanément l'appui. Le design même de certains appareils induit donc le comportement à risque.

Manœuvre Mécanisme de chute Direction typique de chute
Demi-tour Pivotement de l'appareil, pieds qui croisent les pieds du cadre, perte de la base latérale Latérale
Transfert assis ↔ debout Appui sur un appareil qui recule (roues non freinées), centre de masse mal contrôlé Arrière
Franchissement de seuil / tapis Roue bloquée, soulèvement du cadre, marche sans appui Avant ou latérale
Marche en double tâche Attention détournée, vitesse inadaptée, gestion de l'appareil dégradée Variable
Demi-tour en espace étroit Encombrement, collision avec mobilier, appui réduit Latérale / arrière

Les erreurs d'usage les plus fréquentes

Au-delà de la biomécanique, l'observation clinique fait ressortir des erreurs récurrentes. Les voici, classées selon leur fréquence et leur gravité.

Soulever ou trop avancer le déambulateur

C'est l'erreur cardinale. Pour un cadre de marche sans roues (pick-up walker), la consigne officielle (relayée par le NHS et les fabricants) est claire : soulever le cadre vers l'avant uniquement en étant debout sur ses deux pieds, puis avancer seulement une fois le cadre entièrement reposé au sol. Pour un déambulateur à roues avant, il ne faut pas le soulever, mais le faire glisser au sol.

Dans la pratique, beaucoup d'utilisateurs :

  • avancent le cadre trop loin, déportant leur centre de gravité vers l'avant ;
  • marchent en même temps qu'ils déplacent l'appareil, supprimant tout appui stable ;
  • soulèvent un appareil prévu pour rouler.

Mauvais réglage de la hauteur

La hauteur des poignées est déterminante. Une règle clinique courante : les poignées doivent arriver au niveau du pli du poignet quand la personne est debout, bras le long du corps, ce qui correspond à une flexion du coude d'environ 15 à 30°.

  • Trop haut → épaules surélevées, appui difficile, contrôle réduit.
  • Trop bas → buste penché en avant, centre de gravité déporté, dos sollicité, perte de la fonction de soutien.

Une étude transversale sur l'effet de la hauteur et de la largeur du cadre (Sklavos et al., Gait & Posture, 2020) confirme que ces paramètres influencent mesurablement la stabilité de marche : un appareil mal dimensionné altère le schéma locomoteur.

Inadéquation entre l'appareil et la pathologie

Un déambulateur à quatre roues (rollator), rapide et fluide, ne convient pas à une personne ayant des troubles cognitifs ou un freinage défaillant ; à l'inverse, un cadre fixe lourd peut épuiser une personne arthrosique et l'inciter à le soulever. Le choix de l'appareil selon la pathologie fera l'objet d'un article dédié de cette rubrique.

Négliger la rééducation à l'usage

Un déambulateur n'est pas un objet « intuitif ». Les recommandations soulignent qu'une aide à la marche doit être prescrite ou recommandée par un professionnel après diagnostic des besoins, et accompagnée d'un apprentissage. Or, dans bien des cas, l'appareil est acquis sans réglage professionnel ni séance d'éducation, ce qui prédispose aux erreurs décrites ci-dessus.

Erreur fréquente Conséquence Correction recommandée
Soulever / trop avancer le cadre Perte d'appui, déport du centre de masse Garder l'appareil au sol, avancer à petits pas
Hauteur de poignées inadaptée Posture déséquilibrée, contrôle réduit Régler au pli du poignet, coude légèrement fléchi
Marcher en même temps qu'on déplace l'appareil Suppression de la base de sustentation Séquencer : poser l'appareil, puis avancer
Demi-tour en pivotant l'appareil Chute latérale Tourner par petits pas, appareil toujours au sol
Transfert sans freiner les roues Recul de l'appareil, chute arrière Verrouiller les freins avant tout transfert
Aide non adaptée à la pathologie Schéma de marche dégradé Évaluation par ergothérapeute / kinésithérapeute
Usage sans rééducation Cumul des erreurs Séances d'éducation thérapeutique

Les facteurs individuels qui persistent malgré l'aide technique

Le déambulateur agit sur un seul des nombreux déterminants de la chute : le soutien mécanique à la marche. Or la chute est un phénomène multifactoriel. Une revue parapluie de revues systématiques (Xu et al., Frontiers in Public Health, 2022 ; umbrella review 2024) confirme que les facteurs de risque physiques — troubles de l'équilibre, faiblesse musculaire, troubles de la marche, fragilité — sont parmi les plus solidement établis. Aucun de ces facteurs n'est corrigé par le simple fait de tenir un déambulateur.

Troubles de l'équilibre et faiblesse musculaire

Une personne dont les muscles des membres inférieurs sont affaiblis ne récupère pas sa force en s'appuyant sur un cadre ; elle compense temporairement. Si la cause sous-jacente (sarcopénie, déconditionnement) n'est pas traitée par un renforcement musculaire et un travail de l'équilibre — précisément ce que recommande la HAS en cas de trouble de la marche ou de l'équilibre —, le risque persiste.

La double tâche : un facteur sous-estimé

Marcher tout en réalisant une seconde tâche (parler, porter un objet, chercher ses clés) mobilise des ressources attentionnelles. Chez la personne âgée fragile, et plus encore avec une aide à la marche qui demande déjà de la concentration, cette double tâche dégrade le contrôle postural. C'est l'un des mécanismes par lesquels une chute survient en pleine action banale du quotidien, déambulateur en main.

Médicaments, vision, environnement

La HAS et le Plan national antichute insistent sur des leviers que le déambulateur ne touche pas :

  • Iatrogénie médicamenteuse : psychotropes, hypotenseurs et polymédication augmentent le risque de chute.
  • Troubles visuels non corrigés.
  • Environnement : sols glissants, tapis non fixés, éclairage insuffisant, absence de mains courantes — autant de pièges qui peuvent même se combiner dangereusement avec l'encombrement du déambulateur.
  • Chaussage inadapté : marcher pieds nus ou en chaussettes multiplie le risque ; le pied doit être bien tenu, semelle antidérapante.
Déterminant de la chute Le déambulateur agit-il dessus ? Intervention complémentaire indispensable
Soutien mécanique à la marche Oui (cœur de sa fonction) Réglage + apprentissage
Faiblesse musculaire Non Renforcement (kinésithérapie, activité physique)
Trouble de l'équilibre Partiellement Rééducation de l'équilibre statique et dynamique
Iatrogénie médicamenteuse Non Révision de l'ordonnance par le médecin
Troubles visuels Non Correction ophtalmologique
Environnement du domicile Non (peut aggraver) Aménagement, ergothérapie
Double tâche / cognition Non Éducation, entraînement spécifique

Que faire ? Les leviers d'une prévention efficace

La conclusion qui s'impose est qu'un déambulateur n'est utile que comme élément d'une stratégie globale. Les recommandations de la HAS (évaluation et prise en charge des chutes répétées), de l'OMS (Step safely, 2021 ; recommandations 2022) et le Plan national antichute convergent sur une approche multifactorielle.

Une prescription et un réglage professionnels

Le choix de l'aide doit suivre une évaluation des besoins par un professionnel (ergothérapeute, kinésithérapeute, médecin MPR), incluant des tests validés comme le Timed Up and Go (TUG), le test de station unipodale et l'évaluation de l'équilibre postural recommandés par la HAS. Le réglage (hauteur, largeur, type d'appareil) découle de cette évaluation.

Une rééducation et une éducation thérapeutique

Le dispositif doit s'accompagner d'un apprentissage du bon geste : comment avancer l'appareil, franchir un seuil, faire demi-tour, se transférer en sécurité. La kinésithérapie prescrite en cas de trouble de la marche inclut, selon la HAS, un travail de l'équilibre statique et dynamique et un renforcement de la force et de la puissance musculaire des membres inférieurs.

L'activité physique, pierre angulaire

Les fiches HAS de 2024 sur la prescription d'activité physique chez les personnes âgées à risque de chute, fondées sur les recommandations OMS 2022, placent l'activité physique — en particulier le travail de l'équilibre et le renforcement — au cœur de la prévention. C'est le seul levier qui agit sur la cause (la fragilité) plutôt que sur la conséquence.

L'aménagement du domicile

Sécuriser l'environnement (suppression des tapis non fixés, éclairage, mains courantes, désencombrement des passages) relève souvent d'un bilan ergothérapique à domicile. En France, le dispositif MaPrimeAdapt' soutient ces aménagements.

La révision des médicaments

Un point régulier avec le médecin traitant pour limiter la polymédication et repérer les molécules à risque complète le dispositif.


Conclusion

Le déambulateur n'est pas un talisman. Il agit sur un déterminant précis de la chute — le soutien à la marche — mais laisse intacts les autres facteurs : faiblesse musculaire, troubles de l'équilibre, iatrogénie, environnement, cognition. Pire, mal choisi, mal réglé ou mal utilisé, il peut créer ses propres situations à risque, en particulier lors des demi-tours, des transferts et du franchissement de seuils.

La donnée la plus instructive reste celle de Thies et al. : dans une part substantielle des phases de marche, les utilisateurs dégradent eux-mêmes leur stabilité par des gestes incorrects, réduisant leur marge de stabilité jusqu'à près de moitié. Ce constat déplace le centre de gravité de la prévention : il ne suffit pas de fournir une aide technique, il faut évaluer, régler, éduquer et accompagner.

Pour les professionnels, le message est clair : le déambulateur doit s'inscrire dans une prise en charge multifactorielle, conforme aux recommandations HAS et OMS. Pour les aidants, il invite à la vigilance bienveillante : observer les gestes du quotidien, signaler les difficultés, et solliciter un avis professionnel dès qu'un doute apparaît. C'est à cette condition que le déambulateur tient sa promesse : non pas supprimer le risque, mais le réduire intelligemment.


FAQ

Un déambulateur empêche-t-il vraiment les chutes ? Il les réduit dans de nombreuses situations en élargissant la base d'appui et en offrant un soutien, mais il ne les supprime pas. Son efficacité dépend du bon choix de l'appareil, d'un réglage correct, d'un apprentissage du geste et de la prise en charge des autres facteurs de risque (force musculaire, équilibre, médicaments, environnement).

Pourquoi mon proche chute-t-il alors qu'il a un déambulateur ? Les causes les plus fréquentes sont un usage incorrect (soulever ou trop avancer l'appareil, marcher pendant qu'il n'est pas posé), des manœuvres à risque (demi-tour, transfert, franchissement de seuil), un réglage inadapté, ou la persistance de facteurs individuels que le déambulateur ne corrige pas. Une évaluation par un ergothérapeute ou un kinésithérapeute permet d'identifier la cause précise.

À quelle hauteur régler les poignées d'un déambulateur ? Une règle clinique courante : debout, bras relâchés le long du corps, les poignées doivent arriver au niveau du pli du poignet, ce qui correspond à une légère flexion du coude (environ 15 à 30°). Un réglage trop haut ou trop bas dégrade la posture et la stabilité. Faites valider le réglage par un professionnel.

Quels sont les moments les plus dangereux avec un déambulateur ? Les demi-tours (risque de chute latérale), les transferts assis-debout (risque de chute arrière, surtout si les freins ne sont pas verrouillés) et le franchissement de seuils ou de tapis (roue bloquée, soulèvement de l'appareil) concentrent une grande part des chutes.

La double tâche augmente-t-elle le risque de chute avec un déambulateur ? Oui. Marcher tout en parlant, en portant un objet ou en se concentrant sur autre chose détourne les ressources attentionnelles nécessaires au contrôle de l'équilibre et de l'appareil. C'est un facteur de chute fréquent et sous-estimé.

Faut-il une ordonnance et une rééducation pour un déambulateur ? Les recommandations préconisent que l'aide à la marche soit prescrite ou recommandée par un professionnel après évaluation des besoins, et accompagnée d'un apprentissage. Un déambulateur acquis sans réglage ni éducation expose aux erreurs d'usage les plus courantes.


À retenir

  1. Le déambulateur réduit le risque de chute, mais ne le supprime pas : il n'agit que sur le soutien à la marche, pas sur les autres causes.
  2. L'usage d'une aide à la marche est statistiquement associé au risque de chute, en partie parce qu'on la prescrit aux plus fragiles (biais d'indication), en partie à cause de son mauvais usage.
  3. Une part importante des chutes vient d'un usage incorrect : Thies et al. (2020) ont observé une réduction de la marge de stabilité de 37 à 49 % lors des gestes non conformes.
  4. Demi-tours, transferts et franchissement de seuils sont les manœuvres les plus dangereuses.
  5. Le réglage de la hauteur des poignées (au pli du poignet, coude légèrement fléchi) est déterminant pour la sécurité.
  6. La double tâche dégrade fortement la stabilité chez l'utilisateur d'aide à la marche.
  7. La chute est multifactorielle : force musculaire, équilibre, vision, médicaments et environnement doivent être traités en parallèle.
  8. La prévention efficace est globale : aide technique adaptée + rééducation + activité physique + aménagement du domicile + révision des médicaments, selon les recommandations HAS et OMS.
  9. En France, les chutes restent la première cause de décès accidentel après 65 ans (20 148 décès en 2024, Santé publique France), avec une tendance à la hausse.
  10. Le rôle du professionnel est central : évaluer, régler, éduquer, accompagner — fournir l'appareil ne suffit pas.

Références scientifiques et institutionnelles

  1. Santé publique France. Surveillance épidémiologique des chutes chez les personnes âgées de 65 ans et plus, 2015-2024. Bulletin publié le 12 mars 2026. https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/traumatismes/chute

  2. Thies SB, Bates A, Costamagna E, Kenney L, Granat M, Webb J, Howard D, Baker R, Dawes H. Are older people putting themselves at risk when using their walking frames? BMC Geriatrics. 2020;20:90. doi:10.1186/s12877-020-1450-2. https://doi.org/10.1186/s12877-020-1450-2

  3. Lindemann U, et al. Walking with rollator: a systematic review of gait parameters in older persons. European Review of Aging and Physical Activity. 2016. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6734589/

  4. Sklavos A, et al. An investigation of the effects of walking frame height and width on walking stability. Gait & Posture. 2020. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0966636220305634

  5. Xu Q, Ou X, Li J. The risk of falls among the aging population: a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Public Health. 2022;10:902599.

  6. Fall risk factors in community-dwelling older adults: an umbrella review of systematic reviews. 2024. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11692759/

  7. Colón-Emeric CS, McDermott CL, Lee DS, Berry SD. Risk assessment and prevention of falls in older community-dwelling adults: a review. JAMA. 2024;331:1397-1406.

  8. Haute Autorité de Santé. Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées. https://www.has-sante.fr/jcms/c_793371/

  9. Haute Autorité de Santé. Personnes âgées à risque de chute — Prescription d'activité physique. Fiche de synthèse, avril 2024. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-04/synthese_aps_personnes_agees_a_risque_de_chute.pdf

  10. Organisation mondiale de la Santé. Step safely: strategies for preventing and managing falls across the life-course. OMS, 2021.

  11. Ministère des Solidarités. Plan national antichute des personnes âgées 2022-2024. https://solidarites.gouv.fr/plan-antichute-des-personnes-agees

  12. Hausdorff JM. Gait variability: methods, modeling and meaning. Journal of NeuroEngineering and Rehabilitation. 2005;2:19.

Note : les liens ont été vérifiés à la date de rédaction. Certaines bases (PubMed/PMC) peuvent demander une authentification ou être temporairement indisponibles.

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Sources : Santé publique France, HAS, OMS, revues systématiques (voir bibliographie).
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